LAÏCITÉ, ENCORE ET TOUJOURS
Mis à jour le 28.11.25
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La laïcité, un principe souvent questionné. Retour historique et ITV de Nicolas Cadène
Le 9 décembre 2025, la loi instaurant la séparation des Églises et de l’État fêtera ses 120 ans. L’école, où la laïcité se vit au quotidien, est appelée à se mobiliser pour faire vivre ce principe souvent questionné.
Clé de voûte du principe de laïcité en France, la loi 1905 sur la séparation des Églises et de l’État est commémorée dans les établissements scolaires depuis les attentats qui ont eu lieu sur le depuis les attentats qui ont eu lieu sur le depuis les attentats qui ont eu lieu sur le territoire français en 2015 (Charlie Hebdo, Bataclan). Lors de cette journée du 9 décembre, les enseignantes et enseignants sont appelés à mener différentes actions éducatives avec les élèves (débats, activités pédagogiques, conférences) autour du principe de laïcité. Mais en quoi consiste ce principe qui agite depuis de nombreuses années les débats politico-médiatiques ?
UN PEU D’HISTOIRE
C’est en 1881 et 1882, avec les lois de Jules Ferry, qu’une éducation assurée par l’État se met en place. L’école devient obligatoire, gratuite, publique et laïque. La Loi Gobelet de 1886 confi e exclusivement à des personnels non congrégationnistes l’enseignement dans les écoles. Les instituteurs et institutrices deviennent alors des fonctionnaires d’État. En 1905 avec la loi de séparation des Églises et de l’État, l’enseignement religieux est retiré des programmes scolaires et vient se substituer à ces enseignements une transmission des valeurs de la République.
L’objectif est alors de faire société, la laïcité étant un principe de rassemblement et non de combat. Une conception qu’il est sans doute de bon aloi de rappeler aujourd’hui. « La mission des enseignants est de faire partager aux élèves et à leurs parents l’idée fondamentale que la laïcité est un cadre, un principe d’organisation de la République qui garantit la mise en application de deux valeurs de la République : l’égalité de tous et une liberté fondamentale, la liberté de conscience. La laïcité n’est donc pas une simple tolérance de l’autre. [...] Il revient à l’école laïque de construire du commun en permettant à chacun d’être soi-même dans une société diverse et fraternelle », rappelait Jean-Paul Delahaye dans nos colonnes en 2020*.
DES DROITS ET DEVOIRS
Si la laïcité, inscrite dans la constitution depuis 1958, permet de vivre ensemble dans le respect de chacun et chacune, elle s’accompagne de devoirs qui divergent selon son statut et la fonction exercée. Les enseignantes et enseignants mais aussi l’ensemble des personnels de l’école sont soumis au devoir de neutralité. Exerçant une mission de service public, ils ne représentent pas leur individualité mais l’administration publique dans son ensemble, neutre et impartiale. Une obligation de neutralité qui permet d’accueillir la parole des élèves, de confronter les opinions et donne la possibilité, dans le dialogue, de construire un libre arbitre tout en acceptant l’altérité.
Cette obligation, comme l’a rappelé le conseil d’État en 2013, ne s’applique pas aux parents d’élèves qui sont des usagers du service public. Elle ne s’applique pas non plus aux parents qui accompagnent bénévolement une sortie scolaire dès lors qu’ils n’adoptent aucun comportement prosélyte à l’égard des élèves et ne délivrent aucune activité pédagogique. S’ils exercent une mission d’enseignement, il leur sera demandé de ne porter aucun signe ostentatoire.
Quant aux élèves, depuis la loi de 2004, ils ont un devoir de discrétion et ne peuvent selon la loi « manifester ostensiblement leur appartenance religieuse par le port d’un signe ». Celui-ci n’est pas interdit mais doit rester discret. « Une laïcité restrictive » leur est appliquée selon Françoise Lorcerie**, « fondée sur la nécessité de protéger les élèves du prosélytisme et de ses excès ». Autant de droits et devoirs qui concourent à faire vivre une laïcité apaisée et à faire société.
*Fenêtres sur cours 470, 2020
**Fenêtres sur Cours 501, 2024
Interview de Nicolas Cadène
NICOLAS CADÈNE est juriste, ancien rapporteur général de l’Observatoire de la laïcité,
cofondateur de la Vigie de la laïcité.

POURQUOI UNE NOUVELLE ÉDITION DE “EN FINIR AVEC LES IDÉES FAUSSES SUR LA LAÏCITÉ” ?
Si la laïcité est mise en danger à travers la remise en cause de la démocratie, de la séparation des Églises et de l’État ou de nos libertés par des mouvements extrémistes – comme les terroristes islamistes ou des mouvements d’ultradroite –, elle l’est aussi par ceux qui l’instrumentalisent à des fins de stigmatisation et de division de la population. Ces derniers veulent faire de la laïcité une arme de défense d’une supposée majorité face à des supposées minorités qui ne devraient pas avoir les mêmes droits que ladite majorité.
C’est une perversion totale de la laïcité, puisque celle-ci suppose les mêmes droits pour toutes et tous, quelle que soit leur confession ou conviction. Cette année, il y avait une nécessité à réactualiser l’ouvrage pour développer certaines notions qui reviennent largement dans le débat public. Il s’agissait aussi de prendre en compte les dernières évolutions législatives, jurisprudentielles ou réglementaires.
À QUELLES DIFFICULTÉS EST CONFRONTÉE L’ÉCOLE ?
La première grande difficulté est l’absence de mixité sociale à l’école qui conduit à des replis communautaires éventuels, à des influences et à du mimétisme entre élèves, empêchant la formation libre d’un esprit critique et éclairé. L’enjeu majeur aujourd’hui de la laïcité à l’école est de recréer cette pluralité. On l’a constaté, lorsqu’il y a plus de mixité sociale, il y a chute des atteintes à la laïcité. L’enseignement privé sous contrat, confessionnel pour l’essentiel, doit y prendre bien davantage sa part puisque subventionné par l’État. Le deuxième enjeu est de mieux outiller, accompagner les enseignants.
Aujourd’hui, les formations à leur destination ne sont pas toujours de qualité et très inégales selon les académies. Les enseignants ont besoin de réponses et d’un cadre juridique clairs. Il y a aussi une nécessité de les accompagner et de les outiller sur l’enseignement laïque des faits religieux et des courants de pensée, pour les traiter en tant que faits sociaux, sans traiter de la croyance. Il faut également un enseignement moral et civique qui soit réellement interactif. C’est lorsque les élèves sont mis en situation qu’ils s’approprient le mieux les principes et les valeurs de la République.