GRANDE LESSIVE : L’ART EN PARTAGE
Mis à jour le 28.11.25
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La grande lessive, un moment artistique riche qui crée du lien avec les familles
À Marseille, pour la onzième année, la maternelle Désirée Clary se lance dans l’aventure de la création artistique et donne rendez-vous aux familles pour découvrir l’exposition éphémère de leur œuvre commune.
« Nous tenons à ce que la Grande Lessive® ne devienne pas un concours de la plus belle œuvre. L’important reste que les élèves pratiquent. » précise Rifaï Saïd Mohamed, directeur de la maternelle Désirée Clary en REP+ à Marseille. Deux fois par an, ce projet artistique fédère les enseignant·es et leurs huit classes pendant plusieurs semaines autour de l’énigmatique formulation annonçant le sujet de l’édition. Celle d’octobre, « Nuit et jour, réfléchir les lumières ! » est source d’intenses échanges et réflexions tant pédagogiques que culturels.
« C’est stimulant de découvrir de nouvelles techniques qui enrichissent ma pratique en arts visuels grâce à mes collègues » s’enthousiasme Solène Maes, enseignante en MS. Édith Berthet, elle, peine souvent à appréhender l’intitulé avec ses élèves de PS « car elle fait souvent appel à des notions compliquées ou abstraites. Alors je me concentre sur certains mots ». Sa collègue Coralie Landré, prend cela comme un défi avec ses élèves de GS dont « les plus grands, à force d’échanges, finissent toujours par trouver une idée. »
Riche de pistes et d’outils, chaque PE décline le thème à sa manière dans sa classe. Dans l’une d’elles on découvre des œuvres du patrimoine par un travail autour de la nuit étoilée de Van Gogh. Chez la voisine, on agit sur tous types de supports et matériaux pour représenter la nuit et le jour, la lune et le soleil et les émotions suscitées. Ici on s’inspire des aurores boréales, là on crée des illusions d’optique et ailleurs les ombres font l’objet d’une création photographique.
CRÉER ENSEMBLE
« Pour la machine à laver, on peut faire du dessinage » explique Islem, « et de la peinture, même des écritures. Ensuite on les regarde avec les papas et les mamans sur des pinces à linge, dehors » complète Awa pour expliquer en quoi consiste la Grande Lessive. Ce matin, en regroupement, Amandine Origas choisit une entrée langagière et demande à ses 13 élèves de GS de retrouver le sens de chacun des mots du libellé. Djennah rappelle que« réfléchir c’est penser dans sa tête ». « C’est aussi briller, quand la lumière rebondit. » complète la maîtresse, qui oriente alors la réflexion collective autour du mot « nuit » en demandant ce qu’il leur évoque. « La lumière de la lune », lance Leyim. « Quand on ouvre la lumière dans la chambre je vois des monstres ! », dit Amir, quand Hadidja voit plutôt « des bus avec des lumières rouges derrière ». « Ce sont des phares. Il y en a aussi à l’avant, avec des lumières blanches », reformule la maîtresse, qui en profite pour enrichir le vocabulaire à l’oral et à l’écrit en listant au tableau les mots sélectionnés au fil des évocations.
“LES ÉLÈVES SE MONTRENT PARTICULIÈREMENT IMPLIQUÉS”
Le contenu de la production finale imaginé ensemble, Amandine poursuit le questionnement afin que les élèves trouvent comment s’y prendre pour sa réalisation. Les solutions fusent et se complètent : « C’est nous qui serons les monstres ! On s’accrochera sur la corde à linge ! » lance Aylan, provoquant l’hilarité des enfants mimant les petites créatures sur les bancs. « On peut mettre nos images, nos photos plutôt », propose Mohamed-Larbi, plus réaliste. Si les idées manquent, l’enseignante remémore aux élèves leur dernière visite au musée ou les renvoie à la liste des supports et outils nécessaires, qui s’est étoffée au tableau sous leur dictée.
L’atelier pour la réalisation des productions sur la nuit est alors programmé au lendemain, le temps qu’Amandine et Cécilia Bufo l’Atsem, préparent le matériel requis. La maîtresse avait prévu une proposition de secours au cas où aucune idée n’aurait émergé de cette séance. « Cela demande un travail de préparation et d’adaptation. » Mais elle note que les élèves se montrent particulièrement impliqués « puisque c’est eux qui conçoivent ce qu’ils vont créer ». Pour l’heure, ils s’emparent des couleurs pour finaliser les « vitraux translucides » en évocation de la lumière du jour.
UN FIL POUR ATTIRER LES FAMILLES
« Les parents sont impatients de connaître la date de l’exposition. Ils nous la réclament dès la rentrée ! », se réjouit le directeur. Le jour J, les élèves étendent eux-mêmes leurs productions sur une longue corde qui zigzague dans la cour, métamorphosée par cette installation éphémère. C’est le moment très attendu où tout le monde découvre enfin la diversité des œuvres des camarades, des petits frères et des grandes sœurs.
À 16h, les portes de l’école s’ouvrent aux familles alors guidées par les enfants au fil de l’étendage. « C’est avant tout pour ces moments privilégiés d’échanges avec les parents de mes PS et de mes anciens élèves que je participe à ce projet » indique Fanelly Berger. Le directeur ajoute « que ce moment crée du lien en permettant des échanges informels qui ne portent pas sur le travail de leurs enfants ». L’exposition prendra ensuite la lumière des couloirs de l’école jusqu’à la prochaine édition en mars, peut-être bien enrichie cette fois des productions de parents désireux d’y ajouter leur touche !
Interview de Marie Demarcq
MARIE DEMARCQ est CPC arts plastiques dans le Nord (59)
QUE PERMET L’ÉDUCATION ARTISTIQUE ?
Elle enseigne un langage sensible qui se passe de mots et permet ainsi aux enfants de s’exprimer autrement. En développant la pensée divergente et la créativité, elle conduit à questionner le monde et le faire avancer. Elle est aussi fondamentale pour apprendre à respecter les autres à travers l’accès à la culture et l’ouverture d’esprit. Enfi n, le plaisir que procure la pratique artistique ne doit pas être tabou pour le bien-être des enfants.
COMMENT SE METTRE EN SITUATION DE CRÉATION ?
Proposer des consignes ouvertes laissant la place à une multitude de réponses encourage à tâtonner, expérimenter et ainsi à exercer librement sa créativité. L’enseignant incite à préciser les intentions, à affi ner les choix plastiques. Je suggère souvent d’essayer de transformer la thématique en problématique. Par exemple, plutôt que de proposer aux élèves un procédé déjà pensé pour travailler sur l’eau, les lancer dans une recherche avec le matériel : comment représenter l’eau ? Son mouvement, sa couleur ?
Pour les inviter à sortir de leurs habitudes on peut aussi leur proposer une contrainte plastique : un support, un médium ou une consigne comme dessiner un portrait sans lever le crayon. En observant ensuite les œuvres d’artistes, les élèves peuvent faire le lien avec leurs propres réponses. La Grande Lessive, en proposant de sujets ouverts et problématisés, permet justement de prendre conscience qu’une infinité de réponses existe à un même questionnement.