“Des savoirs naturalistes inégaux”
Mis à jour le 28.11.25
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Julien Vitores, sociologue, étudie le rapport à la nature des enfants et le lien avec leurs productions.
JULIEN VITORES est sociologue, auteur de La nature à hauteur d’enfants. Socialisations écologiques et genèse des inégalités (Éd. La découverte, inégalités (Éd. La découverte, inégalités (Éd. La découverte, 2025)
LES ENFANTS ONT-ILS TOUS LE MÊME RAPPORT À LA NATURE ?
Dès 4/5 ans, les tout-petits ont des rapports à la nature socialement construits, inégaux selon leur classe sociale. L’idée d’une gratuité d’accès à la nature en masque les coûts réels. Ressources, temps et équipements sont l’apanage des classes supérieures qui valorisent compétition et goût de l’effort dans des expériences diversifiées d’une nature « grandiose », coupée du monde.
Les pratiques des classes moyennes dotées en capital culturel sont proches de la valorisation scolaire de l’observation d’une nature proche, source d’éveil esthétique et sensible de l’intelligence enfantine. Les classes populaires ont des usages plus hédonistes, axés sur le plaisir de se retrouver en groupe. Enfin, l’intérêt porté aux animaux ou éléments naturels sont l’objet de projections genrées stéréotypées.
COMMENT CELA SE TRADUIT-IL DANS LES APPRENTISSAGES SCOLAIRES ?
Dès la maternelle, les activités confrontent les enfants à leurs savoirs naturalistes inégaux. Les connaissances et compétences des classes aisées sont valorisées, comme savoir nommer précisément les éléments naturels ou classer les animaux. Les enfants issus de ces familles qui ont plein de choses à raconter ou d’idées de dessin sont perçus comme stimulés.
Ceux des classes populaires peuvent se sentir exclus voire humiliés car ils sont souvent ceux qui ne savent pas. Le discours éducatif sur le respect et la protection de la nature est en continuité avec la socialisation familiale des classes supérieures. En sortie, les enfants issus des classes populaires, souvent mal à l’aise, sont ainsi perçus comme trop brusques ou trop timides et repris pour des gestes jugés maladroits.
COMMENT FAIRE « NATURE COMMUNE » ?
Pédagogiquement, il convient d’éviter d’idéaliser une « nature pure » – celle des classes supérieures – en revalorisant la nature du quotidien comme celle des parcs urbains où prolifèrent les pigeons et partir de l’expérience des enfants. Y compris en prenant appui sur des supports culturels comme des dessins animés « grand public » pour introduire des connaissances sans disqualifier les usages populaires, notamment à travers l’opposition nature / écrans. Il faudrait également financer plus largement les sorties
et agir sur les inégalités sociales, en assurant l’accessibilité des espaces naturels par transport et l’aide au financement d’équipements comme les vêtements adaptés.