“Se méfier d’une pédagogie de la tolérance”
Mis à jour le 18.11.25
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Si nombre de PE mesure déjà l'importance d'éduquer à l'égalité filles-garçons, la déconstruction des normes de genre et de sexualité reste un enjeu fort, notamment pour une prévention des violences sexistes et sexuelles.
Gaël Pasquier est est maître des conférences en sociologie à l’Université Paris Est Créteil et membre du laboratoire LIRTES. Il a notamment co-écrit J’enseigne l’égalité filles-garçons, Ed Dunod
©Hidalgo/Naja
L'ÉCOLE EST-ELLE SEXISTE ?
L’école ne réussit pas à assurer l’égalité des sexes, des identités de genre et des sexualités. Les filles ne bénéficient pas du même accès à l’espace, à la prise de parole. Elles sont moins représentées dans les supports d’apprentissages et moins prises en compte dans les savoirs scolaires, tout comme les minorités sexuelles et de genre. L’institution scolaire est ainsi hétéronormative et cisnormative.
Son fonctionnement repose encore en grande partie sur une présomption d’hétérosexualité des élèves, parents, professionnels, et la supposition que leur identité de genre est conforme à leur sexe d’assignation à l’état civil. Les recherches montrent que ce traitement inégalitaire a tendance à se retrouver dans la manière dont peut être pensée et mise en œuvre l’éducation à la vie affective, relationnelle et à la sexualité.
QUELLES PÉDAGOGIES ÉGALITAIRES ?
Les praticiens et praticiennes, les chercheurs et chercheuses qui s’intéressent aux questions d’égalité en éducation proposent plusieurs approches pédagogiques complémentaires. D’une part, il faut se méfier d’une pédagogie de la tolérance qui ne prend pas en compte les rapports de pouvoir existants : certains et certaines sont en position de tolérer, d’autres d’être tolérées. À l’inverse, une pédagogie critique de la norme questionne normes et catégories qui, bien que considérées comme naturelles, sont en réalité produites par des rapports de pouvoir. L’association des menstruations à la souillure et l’injonction à les invisibiliser en est un bon exemple. Une école véritablement inclusive est une école où l’enjeu n’est pas de tenir compte des femmes et des minorités en marge des savoirs ou du fonctionnement scolaire.
L’impératif d’égalité demande au contraire de reconsidérer la manière d’envisager la vie relationnelle et affective, de parler de sexualité, de penser les savoirs scolaires et les modalités d’organisation de l’école. Enfin, il s’agit de construire une pédagogie anti-oppressive, qui ne considère pas que tout est uniquement affaire de stéréotypes et de représentations. Les inégalités, en effet, ont une base matérielle qu’il s’agit de mettre à jour : violences physiques, accès à l’espace et à la parole, à la possibilité d’être représenté, nommé quelle que soit son orientation sexuelle ou son identité…
“Pour la première fois, il existe une véritable progression, des propositions succinctes de démarches et d’activités tout en respectant la liberté pédagogique”
À QUELS PARADOXES LE PROGRAMME PEUT-IL CONFRONTER LES ENSEIGNANT∙ES ?
Bien que le programme pose des bases permettant la mise en œuvre d’une EVAR·S égalitaire et émancipatrice, certains choix réalisés sont insatisfaisants. À rebours de la loi de 2001, toujours en vigueur, il n’est plus question d’éducation à la sexualité pour le premier degré. Cela peut paraître de bon sens au premier abord : les questionnements des enfants ne sont pas ceux des adolescents et des adolescentes.
Pourtant, cela ne correspond pas à la réalité : les enfants ont des interrogations en lien avec la sexualité, celles-ci émergent en classe : « comment fait-on des bébés ? », « est-ce qu’un garçon peut être amoureux d’un garçon, une fille d’une fille ? »… Il faut pouvoir y répondre de manière adaptée à leur âge. Le programme manque de clarté sur ce point et ne permet pas de bien outiller les PE sur le plan conceptuel et pratique.
EN QUOI CONSTITUE-T-IL UN POINT D'APPUI ?
Il constitue une étape dans la mise en œuvre effective des trois séances annuelles d’éducation à la sexualité. Pour la première fois, il existe une véritable progression, des propositions succinctes de démarches et d’activités tout en respectant la liberté pédagogique. Alors que l’éducation à la sexualité est bien souvent perçue au prisme de questions de santé, elle n’implique pas d’adopter une approche médicale. Réfléchir sur le consentement, l’égalité, les premières fois, l’expression du désir, du sentiment amoureux ou amical, l’homosexualité, la transidentité... En outre, la circulaire qui accompagne le programme garantit la protection fonctionnelle en cas de menaces.