Tresser les langues
Mis à jour le 18.05.26
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Dans l’école d’Aice Errota à la frontière espagnole, les enseignements sont assurés à parité horaire entre le français et l’espagnol.
« Vamos a trabajar la descomposición de nueve », explique Shirley Borie-Guichot à ses élèves de grande section (GS) de l’école d’Aice Errota à Saint-Jean-de-Luz (Pyrénées-Atlantiques), ville célèbre pour sa grande baie, située à quelques kilomètres de la frontière espagnole. Au lendemain des vacances, les GS/CE1 retrouvent Shirley, qui tous les lundis et jeudis, assure l’ensemble des enseignements en espagnol. Équipés de boîtes et de jetons – que l'enseignante a préalablement distribués en précisant le vocabulaire et la consigne en espagnol– les élèves de GS, pas du tout déstabilisés, se lancent dans la décomposition du nombre neuf. « Cuánto tienes ? », demande la PE. « Cinco y cuatro » répond Lila. Tao propose une autre solution : « Tres más seis son nueve ». « Muy bien está perfecto », félicite Shirley, qui alterne entre le français et l’espagnol afin de s’assurer que tous les élèves ont bien compris.
« En début d’année, j’utilise davantage le français puis progressivement j’utilise de plus en plus l’espagnol, détaille l’enseignante. Si les élèves ne comprennent pas tous les mots, l’important est qu’ils soient dans un bain de langage et qu’ils accèdent au sens global. Au fil du temps, ils acquièrent plus de vocabulaire, améliorent leur syntaxe et leur prononciation, ont de plus en plus confiance en eux. C’est aussi une ouverture culturelle et plus tard professionnelle ». Shirley mime, théâtralise et ritualise beaucoup afin que les enfants se construisent des repères. « Je peux aller boire ? », interroge un élève de CE1. « En castellano por favor », répond Shirley qui ne manque pas une occasion de faire utiliser cette langue. « Puedo beber ? », rétorque illico Talie.
À PARITÉ HORAIRE
« Tous les élèves réalisent leurs apprentissages en alternant entre le français et l’espagnol et ce, de la toute petite section au CM2. Un projet qui correspond aux attentes des familles dans cette ville frontalière », détaille fièrement Céline Albistur qui assure les enseignements en français les autres jours de la semaine dans la classe et est aussi directrice de l’école. Depuis 2010, l’école est dans le dispositif d'enseignement bilingue à parité d’horaire du département. « Nous avons utilisé l'expertise didactique et pédagogique de et dans la langue basque pour la transposer sur l’enseignement de l’espagnol », explique Marie-Pierre Cohéré, IEN et conseillère technique de langue vivante basque.
Un dispositif qui induit « un travail en binôme, des échanges quotidiens, des progressions et des séances construites en commun », selon Shirley. « Ces temps d’échanges sont primordiaux pour faire des liens entre les apprentissages, assurer le tressage des langues et éviter leur cloisonnement », complète Céline. Souvent, elle introduit les apprentissages en français et Shirley fait réinvestir les élèves en espagnol mais pas systématiquement. « Le projet théâtral La manopla [la moufle], par exemple, a été introduit en espagnol. Nous avons travaillé le vocabulaire, la compréhension de l’histoire par de la mise en scène ou encore l'identification de la structure du conte en randonnée, précise Shirley. De son côté, Céline a travaillé sur les émotions. » Un duo gagnant où la passion des langues est au service de tous les élèves.