Sens du service public
Mis à jour le 29.08.25
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Interview d'ÉMILIE AGNOUX, cofondatrice du Sens du service public
COMMENT VONT LES SERVICES PUBLICS ?
Alors que les citoyennes et citoyens ont des attentes fortes vis-à-vis de l’État, un malaise se crée dans leur relation avec les services publics, marquée par un sentiment d’éloignement voire d’abandon de l’État. Dans le même temps, l’action publique doit faire face à des comportements d’acteurs privés qui, prenant des initiatives dans l’espace social, le désorganisent. C’est le cas, notamment, de la location touristique qui impacte négativement l’accès général au logement. Par ailleurs, en ne mettant en lumière que les dysfonctionnements des services publics, le doute est instillé sur leur capacité à être performants. Il y a pourtant une satisfaction générale envers l’hôpital ou l’école et de belles réussites avec un fort investissement des agents ayant le sens de l’intérêt général.
QUI SONT LES « DÉMOLISSEURS D’ÉTAT » ?
Toutes celles et ceux qui visent à affaiblir la puissance publique et remettent en cause le bien-fondé de son intervention dans les grandes transformations économiques, sociales ou écologiques. Soit en cherchant à libérer l’espace pour des acteurs privés, soit en portant un projet autoritaire comme le fait l’extrême droite qui montrait dans son programme de 2022 une volonté de reprise en main des services publics et d’utilisation de l’école à des fi ns répressives ou de contrôle, avec une vision inégalitaire du système éducatif. Et dans une moindre mesure, les responsables politiques, qui se comportent comme des chefs de service limitant à des enjeux logistiques la réfl exion sur le rôle des services publics.
COMMENT REDONNER DE L’ATTRACTIVITÉ AUX SERVICES PUBLICS ?
Le service public n’est pas un service comme les autres et doit se soucier d’abord de la qualité relationnelle entre les institutions et les citoyens et citoyennes. Face à la complexité du réel, je propose de développer une « empathie institutionnelle » avec de nouveaux métiers mais aussi un réseau de sentinelles publiques, pour retisser du lien et permettre que toute personne puisse se sentir légitime et à l’aise avec nos institutions. De même, il faut reconnaître leur expertise professionnelle et préserver leur capacité à être autonomes. Un« compagnonnage public » par des agents déjà experts permettrait de former les personnels en reconversion, de plus en plus nombreux, et contribuerait à redonner du sens au métier, à montrer son utilité sociale et des savoir-faire et des savoir-être dont on peut être fier.