Femmes : un droit inégal à la santé

Mis à jour le 23.01.26

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Santé des femmes, encore un long chemin à parcourir. Interview e MAÉVA CARON-THÉRAGE, docteure en droit social

Le 8 mars, journée internationale pour les droits des femmes, nous rappelle chaque année que ce combat est permanent. Les inégalités persistent dans tous les domaines, entre autres dans le travail, privé comme professionnel : répartition inégale des tâches domestiques non rémunérées, écarts salariaux, accès limité aux postes à responsabilité ou aux promotions... 

Parmi ces disparités, la santé des femmes au travail constitue un enjeu majeur, mais souvent ignoré. Un rapport de la délégation aux droits des femmes du Sénat de 2023 dénonce « le manque de reconnaissance de la charge physique et mentale du travail des femmes à l’origine d’impensés féminins » dans les politiques de santé au travail. Les données disponibles, focalisées sur « l’homme moyen », sont très incomplètes. Or le rapport montre que 60% des personnes atteintes de troubles musculo-squelettiques sont des femmes, qui sont aussi trois fois plus nombreuses à signaler une souffrance psychique au travail. 

À cela s’ajoutent les difficultés liées à la vie hormonale, menstruelle et procréative des femmes pouvant dégrader leur santé au travail : pathologies menstruelles douloureuses ou incapacitantes, endométriose touchant 10% des femmes, effets négatifs pouvant être liés aux grossesses et aux accouchements, interruptions de grossesse, traitements liés à l’infertilité, cancers touchant spécifiquement les femmes, péri-ménopause qui concerne 500 000 nouvelles femmes chaque année, avec son lot d’inconforts... 

Le plan d’action gouvernementale pour l’égalité professionnelle 2025-2027 marque une avancée en consacrant un axe entier à la santé des femmes. Il prévoit notamment la collecte de données genrées, de campagnes d’information et de prévention. Des collectivités testent déjà des adaptations concrètes : aménagements matériels, horaires flexibles ou congés spécifiques. La généralisation de ces mesures ouvrirait une voie vers l’égalité professionnelle.


Interview de MAÉVA CARON-THÉRAGE, docteure en droit social à l’université de Lille

EN QUOI CONSISTE LE CONGÉ MENSTRUEL ?

C’est un ensemble de dispositifs dont les modalités varient selon les institutions. Il s’adresse principalement aux femmes souffrant de menstruations incapacitantes liées à des pathologies diagnostiquées, comme l’endométriose, et inclut parfois les règles douloureuses simples ou les symptômes liés à la ménopause. Il prend le plus souvent la forme d’absences rémunérées via des Autorisations spéciales d’absence (ASA), variant de 2 à 13 jours par an, de télétravail, d’aménagements matériels sur site ou d’une flexibilité sur les horaires.

QUELLES SONT LES LIMITES ?

Les tribunaux administratifs annulent ces mesures mises en place dans certaines collectivités, car les ASA ne concernent légalement que la parentalité ou les événements familiaux. Une récente circulaire impose aux préfets un contrôle systématique pour bloquer ou annuler ces dispositifs dans la fonction publique. Par ailleurs, utiliser un arrêt maladie implique un délai de carence qui pénalise financièrement les agentes. Dans les faits, on constate que les bénéficiaires utilisent peu le congé par crainte de stigmatisation, d’essentialisation qui les réduirait à leur biologie ou à une forme de faiblesse. Compléter ces dispositifs par une formation auprès de l’ensemble des personnels s’avère donc nécessaire.

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