Des langues plus vivantes ?

Mis à jour le 07.05.26

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Les langues vivantes étrangères à l'école, mettre les élèves en situation de communication.

Malgré une introduction de plus en plus précoce de l’apprentissage des langues et des programmes enrichis qui renforcent l’importance de l’oral, la dimension culturelle et une approche active, la maîtrise des langues vivantes étrangères reste globalement insuffisante chez les élèves français.

De nouveaux programmes d'enseignement des langues vivantes étrangères et régionales (LVER) des cycles 2 et 3 vont entrer en vigueur à la rentrée 2026. Si les élèves français ont fait des progrès en matière d’apprentissage des langues étrangères, ils continuent de mal les maîtriser malgré plusieurs années d'enseignements. 56% des élèves de CM2 atteignent le niveau A1 selon la Depp*. Au contraire de nombreux pays comparables, l’introduction de l’enseignement d’une langue vivante étrangère au primaire est relativement récente. Quelques expérimentations sans suite ont eu lieu en 1959 et ce n’est qu’en 1989 que le ministère en relance de nouvelles avant de chercher à généraliser une initiation en 1995, pressé par la définition d’un cadre européen commun de référence. L’enseignement des langues vivantes a été généralisé à l’école primaire à partir de 2002. Il s’est progressivement étendu à l’ensemble des niveaux, à raison de 54 heures par an, soit environ 1h30 par semaine. Depuis, les attendus de cet enseignement au primaire ont évolué, le niveau A1 est l’objectif à atteindre en fi n de cycle 3 (lire page 16).

Avec plus d’une cinquantaine de pages (soit 2 à 3 fois plus qu’actuellement), les nouveaux textes revoient et augmentent les attentes pédagogiques. « Progressivité des apprentissages, affi rmation d’une perspective centrée sur les élèves, exemples concrets, renforcement de l’ancrage culturel, réaffi rmation de l’importance de l'approche actionnelle, encouragement à des activités interdisciplinaires, entrée par l’oral, importance de la phonologie » : dans une note publiée en septembre dernier, l’Association des professeurs de langues vivantes soulignait les principaux ajustements.

DIVERSITÉ ET PRÉCOCITÉ

La loi de 2013 a installé le principe de continuité entre le collège et le primaire ayant pour conséquences la prépondérance de l’anglais au primaire, enseigné à près de 96%. L’importance de la diversité linguistique, notamment des langues familiales, est pourtant inscrite dans les programmes. En effet, la découverte de ces langues à l’école est un levier d’apprentissage et de création du lien école-famille qui implique la reconnaissance des familles dans leur diversité linguistique et culturelle. En 2019, à l’issue d’une conférence de consensus, le Cnesco préconise des approches plurilingues et interculturelles. Il suggérait de « créer des ponts entre les différentes langues et cultures », notamment parce que « les recherches montrent que découvrir plusieurs langues dès le plus jeune âge sera bénéfique, par la suite, à l’apprentissage des langues ».

Il mettait aussi en avant tout l’intérêt d’un apprentissage précoce car « jusqu’à 7 ans, l’enfant se montre très habile à restituer la musique des langues entendues », tandis que « vers 10 ans, une partie de la capacité à différencier les sons qui n’ont pas été entraînés s’atténue ». Gilles Morel, conseiller pédagogique départemental langues vivantes, insiste sur le moment crucial que représente le cycle 1. « L’objectif est d’éveiller à la diversité linguistique et culturelle par la découverte de plusieurs langues et nouvelles sonorités à travers des comptines, chants, jeux ou rituels simples. On ne parle pas en langue, mais de la langue », dit-il (lire page 17).

L’apprentissage proprement dit arrive avec les cycles 2 et 3. Mais tous les PE ne s’estiment pas suffi samment outillés pour se sentir à l’aise avec l’enseignement d’une langue étrangère pensant « que la maîtrise de la langue est nécessaire pour la parler ou l’enseigner ». Alors que titulaires d’un niveau B1 ou B2 à l’issue du BAC, ils ont les compétences suffisantes pour amener les élèves au niveau requis en fi n de CM2.

AU QUOTIDIEN

L’important c’est de parvenir à se lancer, comme l’a fait Stéphanie Gourin avec sa classe de CE2-CM1 à Rennes. Il est vrai que l’enseignante possède un certain bagage, mais elle a conduit sa classe à une pratique régulière de l’anglais en développant un langage de communication reposant sur des situations du quotidien. « L’oral tient une place prépondérante dans l’enseignement des langues vivantes. Il y a une dimension plaisir et communicative », observe-t-elle. À Saint-Jean-de-Luz, Shirley Borie Guichot et Céline Albistur enseignent à parité horaire dans une classe de GS-CE1 l’une exclusivement en espagnol, l’autre en français. « Au fil du temps, les élèves acquièrent de plus en plus de vocabulaire, améliorent leur syntaxe et leur prononciation, ont de plus en plus confiance en eux », observent-elles (lire page 17).

On aura compris que pour aller de l’avant le rôle des enseignantes et des enseignants demeure primordial. « La force des PE est leur polyvalence car elle permet d'établir des ponts entre les disciplines pour donner du sens aux apprentissages », souligne Jeanny Prat, formatrice en didactique des langues. Pour elle « le levier principal est la formation initiale et continue ». Mais « actuellement, les programmes ont de plus en plus de pages alors que la formation concrète des enseignants se réduit aux maths et au français » (lire page 19). Il ne faudrait pas qu’avec ces nouveaux programmes, le ministère oublie cette dimension essentielle.

*« Anglais en fin d'école et de collège », sept. 2024.

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