Dans les starting-blocks
Mis à jour le 29.08.25
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Les GS expérimentent les jeux collectifs et d’opposition.
Il n’est pas minuit dans la bergerie mais dix heures à l’école Paul Langevin. Dans cette école maternelle en Rep, située à Garges-lès-Gonesse dans le Val d’Oise, les élèves de grande section (GS) de Carmen Vissière sont dans les starting-blocks. « C’est parti ! ». Une nuée se met à courir joyeusement dans tous les sens à la vitesse de l’éclair. « J’ai attrapé ta queue du loup, lance Ekam à Warren, tu dois aller t’asseoir sur le banc ». Ce dernier en profite pour encourager les membres de son équipe encore en lice : « Attention derrière toi Wassila ! ».
Gauche, droite, c’est une salve de pas de côtés pour esquiver les attaques. Daniel en perd l’équilibre mais se relève aussitôt. « Tu n’as pas le droit de tirer mon tee-shirt », rappelle-t-il à Ibrahim. Au même moment, Mouhamed et Yusuf s'affrontent. Bien ancrés sur leurs appuis, en garde, chacun essaye de déséquilibrer son adversaire. « Bravo ! », s’exclame Carmen. La parade de Mouhamed cède sous le crochet de Yusuf qui se saisit d’un tour de main du foulard dans le dos de son adversaire. « C’est pas juste, les jaunes sont cinq et nous sommes quatre », se plaint Mouhamed, déçu d’avoir perdu.
« Facelie, tu changes et tu vas avec les rouges, propose la maîtresse, nous verrons si le nombre de joueurs est déterminant pour gagner ». Les deux équipes raccrochent leur queue du loup et se placent derrière leur ligne de départ respective. « Tu as vu comme j’ai couru vite ? », se félicite Isaac. « Moi j’ai attrapé la queue de Rojat », répond Wassila avec satisfaction. Quelques secondes pour parler entre camarades des réussites. Une nouvelle partie est sur le point de démarrer.
DES JEUX AU LONG COURS
Si ce jeu d’opposition semble maîtrisé à la perfection par ces élèves, c’est grâce à un travail sur la durée. Chaque jeudi, ce sont jeux collectifs et d’opposition. « Au début, ils s’agglutinaient, se souvient Carmen. Nous avons commencé par travailler sur l’occupation de l’espace ». Une pratique sportive bien rôdée qui se perpétue depuis de nombreuses années, pour toutes les écoles maternelles et élémentaires de la ville. « C’est l’occasion de comprendre les enjeux des jeux collectifs, de prendre plaisir à jouer, d’apprendre à respecter les autres, de s’approprier des règles progressivement, précise Carmen. Mais aussi de travailler sur ses émotions, les équilibres, les appuis, l’adresse ou encore la vitesse de course ».
En effet, elle se remémore les frustrations des premières séances. « Petit à petit, les élèves apprennent à développer un esprit de solidarité ». Entre chaque situation, Carmen prend le temps de recueillir leur parole. Les raisons, qui ont amené à gagner ou perdre, sont discutées ensemble. Ainsi, « ils comprennent qu’il ne suffit pas de regarder devant pour attraper la queue mais qu’ils doivent aussi veiller sur la leur. Ils ont aussi appris à identifier leur équipe. » Les interdits sont rappelés à chaque séance. « Cela les rassure et leur laisse la possibilité d’expérimenter l'opposition proche, sans contact dans un premier temps par l’intermédiaire du foulard », explique Carmen. Les prémices pour accepter ultérieurement des activités d’opposition au corps à corps.
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