Évals nationales : mauvais bilan des réformes

Mis à jour le 26.11.25

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Le ministère a publié l’analyse des résultats des évaluations nationales 2025 et se targue de leur efficacité. La FSU-SNUipp en fait un tout autre décryptage.

Pas d’adhésion de la profession

Contrairement à la présentation faite par le ministère, l’adhésion des enseignant·es à ces évaluations nationales est loin d’être acquise. Leur passation massive résulte davantage des menaces de sanctions à l’égard d’une profession déjà malmenée et stressée que d’un réel consensus professionnel. Pour rappel, selon une enquête Harris interactive réalisée en 2022 par la FSU-SNUipp, seuls 4 % des PE expriment leur préférence pour des méthodes d'enseignement déterminées par des évaluations nationales. Pour la FSU-SNUipp qui appelle à boycotter les évaluations nationales, ces menaces portent atteinte à la liberté pédagogique, remettent en cause la professionnalité des PE et renforce le sentiment de dévalorisation du métier.

Des inégalités qui perdurent

Les résultats montrent que la politique éducative à l'œuvre depuis plusieurs années n’a pas permis de réduire les inégalités, bien au contraire. Le dédoublement des classes mis en place en éducation prioritaire, qui a supplanté le dispositif “plus de maîtres que de classe”, ne suffit pas à réduire les écarts entre élèves hors éducation prioritaire et REP+. Ceux-ci restent extrêmement importants à plusieurs niveaux. De plus, les PE sont tenus de mettre en place des prescriptions qui ne font pas sens. Concernant les inégalités de genre, le constat reste identique à celui de 2018 : aucune amélioration notable, en dépit des annonces successives. Le plan filles et Maths annoncé à la rentrée 2025 relève pour le moment davantage de la communication que d’une politique ambitieuse dotée de moyens.

Fluence : une pratique imposée au détriment de la compréhension.

Si le ministère met en avant des progrès notables en lecture fluence, il oublie de dire qu’à contrario, les résultats concernant les compétences en compréhension de l’écrit chutent dangereusement, arguant qu’il n’est pas possible d’effectuer les comparaisons.

Pourtant, l’analyse faite par la FSU-SNUipp sur les résultats à l’entrée en 6ᵉ révèle des évolutions claires :

  • Fluence : +3,4 points hors Éducation prioritaire ; +2,7 points en REP+
  • Compréhension : −8 points hors EP ; −7,2 points en REP+

Cette évolution « inversée » entre fluence et compréhension de l’écrit confirme que : non seulement l’entraînement à l’oralisation la plus rapide possible et chronométrée est inutile pour construire les compétences de lecture ; mais cette pratique est même délétère, puisqu’elle fait obstacle à la compréhension qui est la finalité de l'apprentissage de la lecture. Il n’est donc pas étonnant que le ministère cherche à masquer cette réalité concernant la fluence, mesure emblématique du pilotage par les évaluations.

Les résultats d’une politique néfaste pour l’école

Les résultats des évaluations nationales 2025 confirment l’échec des réformes conduites depuis l’ère du ministère de Jean-Michel Blanquer en matière de réduction des inégalités, qu’elles soient scolaires ou de genre. Les évaluations imposées en 2018 d’abord au CP puis étendues depuis 2024 à tous les niveaux de classe sont un élément essentiel de la politique éducative actuelle. Un pilotage du système éducatif par les résultats, inspiré de la pédagogie anglo-saxonne, pourtant décriée, du “teach for test”. Le recentrage sur les “fondamentaux math français” et l’accent mis sur les automatismes se fait au détriment d’autres apprentissages essentiels comme la compréhension des écrits par exemple mais aussi au détriment de l’enseignement des arts, de l’EPS ou encore des sciences.

La politique éducative est donc à revoir de fond en comble. Le syndicat invite les équipes à s’opposer à ces évaluations nationales et à reprendre la main sur leur métier. Il met à la disposition des équipes de nombreuses analyses.