“C’est toute la classe qui participe avec sa diversité sociale et culturelle”
Mis à jour le 23.01.26
min de lecture
Interview d'Arnaud Demuynck est réalisateur, scénariste et producteur spécialisé dans le court et moyen métrage d’animation.
VOUS AVEZ CRÉÉ EN 1995 LES FILMS DU NORD, QUEL BILAN FAITES-VOUS DU CINÉMA JEUNE PUBLIC ?
Le cinéma jeune public est aujourd’hui florissant avec une offre pléthorique. Il répond à la fois à la demande d’un public cinéphile que sont plutôt les parents et grands-parents des classes moyennes et favorisées – qui offrent à leurs enfants ou petits-enfants la possibilité de voir des courts ou moyens métrages de qualité dès 3-4 ans jusqu’à 6-7 ans – et un public enseignant investi dans une politique d’éducation à l’image. Les enseignants trouvent dans ce cinéma un support pour échanger sur différentes thématiques et questions de société.
La littérature jeunesse, très présente à l’école, a grandement participé à construire un public pour ce type de cinéma car on y retrouve cette façon d’y aborder des sujets qui peuvent être parfois graves, importants, effrayants mais qui ont une esthétique, de la couleur et du positif. Les variétés esthétiques et thématiques sur lesquelles peuvent travailler à la fois les exploitants et les enseignants séduisent. Il y a un véritable désir d’échanges mais aussi une attente et une grande appétence, qui ne se démentent pas encore aujourd’hui, de la part des salles Art et Essai.
QUELLES SONT LES PARTICULARITÉS DU CINÉMA POUR ENFANTS ?
Les enfants ne sont pas des sots, il faut pouvoir répondre à leurs questions tout en tenant compte de leurs particularités. Les films sont courts, aux thématiques variées et visent à répondre aux multiples questions que se posent sans cesse les enfants qui découvrent le monde. Le cinéma pour enfants aborde des questions de société avec poésie, en utilisant des métaphores et en se gardant bien d’être anxiogène.
Ce faisant, il participe à construire un rapport au monde positif sans nier les di ffi cultés. Si les films plus commerciaux utilisent la 3D, les courts métrages jeune public ont une culture du dessin animé plus traditionnel en deux dimensions. Cela peut être du papier découpé, de la gouache, de l’aquarelle, de la pâte à modeler… Il y a un travail très riche graphiquement qui est lui aussi issu de l’édition jeunesse, une image qui se veut beaucoup plus graphique, plus riche dans ses textures, dans ses audaces formelles, dans ses surprises. Des films sublimes à la fois dans l’écriture et dans le graphisme mais qui ont du mal à rencontrer un large public.
“Le public scolaire représente 50% du public cinéma pour enfants dans les salles art et essai”
QUEL RÔLE JOUE L’ÉCOLE DANS LA DÉCOUVERTE DU CINÉMA JEUNE PUBLIC ?
Il est fondamental. L’école permet une sorte de démocratisation de l’accès à la culture et au cinéma en particulier parce que lorsqu’un enseignant décide d’emmener ses élèves dans une salle obscure, c’est toute la classe qui participe avec sa diversité sociale et culturelle. Pour certains enfants, c’est la seule occasion de découvrir le cinéma et ce type de courts métrages qu’ils ne connaissaient pas forcément. La fréquentation de l’école dans les salles art et essai est aussi extrêmement impor-tante pour l’équilibre économique des films jeune public. Ceux-ci sont moins subventionnés que les films pour adultes et pour continuer d’être créatif, il est nécessaire d’avoir des recettes. Le public scolaire représente 50% du public cinéma pour enfants dans les salles art et essai. L’école, en venant au cinéma, participe en ce sens à la poursuite de la créativité du cinéma jeune public.
EN QUOI LE CINÉMA EST-IL UN ART ?
Le cinéma comme le musée ou le théâtre permet de sortir de chez soi pour découvrir et partager des émotions collectives dans un même lieu. À l’heure où nous sommes beaucoup sur nos écrans, dans des problématiques individuelles, le cinéma reste une proposition collective. Il participe de la démocratie dans le sens où les gens se rassemblent, discutent, font du commun mais aussi parce qu’il porte des valeurs et défend des idées. C’est aussi un art parce qu’il cherche en permanence à aller de l’avant en ayant derrière lui toute l’histoire du cinéma. On invente de nouvelles formes dans le prolongement de celles qui ont déjà existé pour continuer à toucher et interpeller, garder en éveil l’esprit.