“La culture n’est pas un domaine réservé”
Mis à jour le 20.03.25
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Ariane Ascaride, est comédienne et actrice. Elle est avec Hippolyte Girardot la marraine de la 27e édition du Printemps des poètes « Poésie volcanique ». Elle joue actuellement au théâtre de la Scala pour son spectacle « Touchée par les fées”.
POURQUOI AVOIR ACCEPTÉ D’ÊTRE LA MARRAINE DU PRINTEMPS DES POÈTES ?
Qu’on le veuille ou non, même si on ne la pratique pas, la poésie est présente dans notre quotidien. On a tous dans un petit coin de notre tête un poème, que cela soit un souvenir d’école, des mots lus sur une étiquette d’un objet acheté ou inscrits dans la rue. J’ai été très flattée d’être sollicitée et fière de pouvoir soutenir la poésie, de l’aider, de la porter. Pour ne pas sombrer face à l’actualité toujours plus anxiogène, les gens ont besoin d’aller au théâtre, au cinéma, de lire… En ces temps difficiles, il me semble que la poésie est absolument indispensable. Elle impose un autre langage que celui de plus en plus formaté des médias et il est important de la mettre en lumière. C’est aussi une façon de défendre l’art qui subit de nombreuses attaques. Si on ne comprend pas que l’art est tout aussi indispensable que le fait de manger, la société se meurt.
POÉSIE VOLCANIQUE, QUE VOUS INSPIRE CETTE THÉMATIQUE ?
Je suis issue d’une famille italienne, napolitaine pour être plus précise, où les volcans sont là et font partie du quotidien. La poésie volcanique est pour moi, au sens premier du terme, une poésie qui crache, imprévisible mais indispensable pour faire entendre et raisonner des choses essentielles. Elle est là aussi pour nous secouer, parfois nous réveiller dans un monde qui nous pousse à mettre nos mains sur nos oreilles, nos yeux et notre bouche. La poésie volcanique mais la poésie en général est toujours à l’avant-garde. Elle nous donne les signes de l’état du monde dans lequel nous vivons. Encore faut-il pouvoir l’entendre et lui donner les moyens de se faire entendre. Il en va de l’humanité.
“SI ON NE COMPREND PAS QUE L’ART EST TOUT AUSSI INDISPENSABLE QUE LE FAIT DE MANGER, LA SOCIÉTÉ SE MEURT.”
QUELS SONT VOS SOUVENIRS DE POÉSIE DURANT VOTRE PARCOURS SCOLAIRE ?
Quand j’étais en CE2, ma maîtresse nous avait appris le poème « Le merle » de Théophile Gauthier. J’avais trouvé incroyable cette mise en mots de l’arrivée du printemps. La poésie à l’école, c’est aussi des souvenirs de poèmes que mes filles apprenaient et récitaient et aujourd’hui c’est mon petit-fils qui revient de l’école avec des mots poétiques dans la bouche. La poésie fait évoluer notre langage, nous apprend des mots. Les enfants sont très sensibles à la poésie. C’est dommage qu’en grandissant on ne leur offre plus la possibilité de la pratiquer car la poésie fait fonctionner l’imaginaire et l’imaginaire est indispensable jusqu’au dernier jour de sa vie.
FACE AUX ATTAQUES SUBIES PAR LA CULTURE, QUE PEUT L’ÉCOLE ?
À chaque fois qu’il faut faire des économies budgétaires, la culture est la première à être attaquée. Ce qui se passe dans les Pays de la Loire, dans l’Hérault et ailleurs montre à quel point les politiques ne comprennent pas la nécessité absolue de l’art dans notre société. À ce titre, l’école joue un rôle fondamental. Si tous les enfants ne deviennent pas artistes, elle a en charge de les mettre en connivence avec la culture, d’en faire des acteurs et spectateurs de l’art, de leur faire rencontrer des artistes. L’école doit leur apprendre à se sentir légitime, les enfants doivent découvrir et vivre la culture pour s’autoriser à entrer dans un musée, à assister à un opéra. La culture n’est pas un domaine réservé. Chaque jour, les élèves devraient avoir la possibilité de pratiquer de la musique, de la peinture, du théâtre, de la poésie, de s’initier au cinéma… Mais pour cela, il lui faut davantage de moyens.