“Une ouverture des possibles”
Mis à jour le 29.08.25
min de lecture
Interview d'Ingrid Verscheure, professeure des universités en sciences de l’éducation sur l'EPS en maternelle
POURQUOI L’ÉDUCATION PHYSIQUE ET SPORTIVE (EPS) EST-ELLE FONDAMENTALE À LA MATERNELLE?
Le corps étant en perpétuelle sollicitation, il est important dès le plus jeune âge de savoir l’utiliser à bon escient pour réaliser des actions et cela passe par sa mise en jeu et son contrôle. L’EPS participe de ce contrôle, en étant capable d’agir en connaissance de cause, dans un but précis. Dès la maternelle, la pratique physique permet de découvrir le monde, de bouger, d’agir, de développer l’habileté motrice, la mise en projet, de se situer dans l’espace, d’y prendre des informations ou encore d’être capable de se montrer aux autres. C’est aussi avoir un but à atteindre, ce qui nécessite parfois de travailler ensemble et de prendre des décisions. L’EPS permet d’acquérir des compétences nécessaires mais différentes de celles construites dans les autres disciplines scolaires et c’est en ce sens qu’elle est fondamentale.
QUE PRODUISENT LES ACTIVITÉS PHYSIQUES QUOTIDIENNES (APQ) PRÉCONISÉES PAR LE MINISTÈRE DE L’EN ?
Comme s’il suffisait de transpirer ou de sauter sur place pour faire de l’EPS ! Les APQ ont été présentées comme une solution pour répondre à la sédentarité observée chez les enfants, notamment depuis le Covid. Cela révèle une vision très hygiéniste de la pratique sportive et montre la méconnaissance ou la négation du ministère de ce qu'apporte une réelle EPS aux élèves. En outre, faute de formation suffisante, la pratique de l’EPS dans les classes s’avère très diverse et glisse parfois vers des activités du type APQ passant à côté du projet d’enseignement. C’est pourquoi les PE doivent être formés en termes de contenus d’enseignement : savoir ce qu’il faut apprendre aux élèves, pourquoi et comment le faire.
“Faire de l’EPS en se référant à différentes pratiques sportives permet de donner du sens aux activités et d’acquérir des compétences différentes.”
QU’APPORTENT LES PRATIQUES DE RÉFÉRENCES ?
L’EPS n’est pas du sport en tant que tel mais met en place des activités physiques adaptées à l’école pour que les élèves puissent vivre aussi des pratiques en lien avec la société. Faire de l’EPS en se référant à différentes pratiques sportives permet de donner du sens aux activités et d’acquérir des compétences différentes car on ne travaille pas les mêmes choses lorsque l’on pratique de la danse, un sport collectif ou un sport d’opposition par exemple. Des pratiques qui ensuite, peut-être, donneront l’envie de poursuivre l’activité en club sportif. Dans le cadre des recherches collaboratives que nous avons menées en CP, des élèves qui avaient pratiqué le volley à l’école, lorsqu’on les a emmenés voir des entraînements professionnels de haut niveau, ont été capables de reconnaître les compétences qu’ils avaient eux aussi travaillées et de s'identifier aux professionnels.
EN QUOI LA PRATIQUE DE L’EPS CONCOURT-ELLE À RÉDUIRE LES INÉGALITÉS ?
Des enfants, pour différentes raisons, ne pratiquent pas d’activités physiques et sportives ou pratiquent des activités souvent choisies par les parents parce que proches du domicile ou peu onéreuses. C’est le cas notamment des élèves issus des milieux populaires. Or, le rôle de l’école est de créer les conditions pour qu’il y ait une ouverture des possibles afi n de permettre à tous les élèves d’accéder à un certain nombre de compétences. Ce faisant l’EPS participe à la lutte contre les inégalités sociales. De nombreux travaux montrent aussi que beaucoup de filles arrivent à l’école sans jamais avoir tapé, lancé ou rattrapé un ballon. Or, cette activité est importante et a du sens pour construire la motricité fine, la prise d’information, la gestuelle, les habiletés. Faire en sorte que tous les élèves se confrontent à cette activité dès le plus jeune âge permet l’acquisition de ces compétences mais c’est aussi lutter contre les inégalités de genre.
Sans l’école, un certain nombre de stéréotypes se reproduisent. Les filles, hors temps scolaire, font alors au mieux des activités de reproduction de forme comme la danse, voire ne font pas d’activités sportives parce que dans l'imaginaire collectif elles sont calmes alors qu’à l’inverse, les garçons ont besoin de se dépenser… De même, les garçons doivent aussi avoir accès à des pratiques comme la danse qui leur apprennent à se montrer devant les autres. L’école a donc un rôle essentiel à jouer.
A lire également :
- Un domaine d'apprentissage en soi : éclairage sur l'EPS en maternelle dans les programmes
- Dans les starting-blocks : reportage jeux collectifs dans une classe de GS du Val d'Oise
- "Les patrons moteurs de base" : 3 questions à Fabrice Delsahut
- Variations de jeux, variation de gestes : reportage aux olympiades de l'école d'Uzos