“Redoublement, ses effets sont nuls”

Mis à jour le 17.03.26

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3 questions métier à Agnès Florin, professeure émérite de psychologie de l’enfant et de l’éducation, responsable du Cnesco.

Agnès Florin

LA QUESTION DU REDOUBLEMENT REVIENT RÉGULIÈREMENT À L’ÉCOLE ET DANS L’ESPACE PUBLIC, POURQUOI ?

Dans les années 60, 52% des élèves redoublaient à la fin du CM2, en 1970 ce sont 45% des élèves dont près de 20% qui redoublent le CP. Le redoublement avait bonne presse chez les enseignants et les parents car c’était le moyen principal de traiter la difficulté scolaire. On touche là à une question de représentation sociale de l’intérêt du redoublement et d’une non prise en compte des résultats de la recherche. En 2024, encore 5,1% des élèves redoublent, un taux de redoublement qui est donc devenu faible mais dont la décroissance s’est arrêtée en 2021.

QUELS SONT LES EFFETS SUR LES ÉLÈVES ?

Le redoublement est d’autant plus inefficace qu’il est opéré jeune. Ses effets sont nuls en termes d’apprentissage et de performances scolaires. Les résultats peuvent s’améliorer de manière très provisoire puisque les élèves refont une classe à l’identique, mais à moyen et long termes, il ne leur permet pas de résoudre leurs difficultés.

En revanche, cela produit une baisse de l’estime de soi, une mise en retrait des apprentissages, une démotivation. Il existe un lien statistique entre le redoublement au primaire et le décrochage scolaire ultérieur. De plus, il est inégalitaire : les garçons redoublent un peu plus que les filles et les enfants d’ouvriers sont plus nombreux à redoubler le primaire que les enfants de cadres. La proportion d’élèves redoublants est aussi plus élevée dans les écoles en REP et REP+ que dans celles hors éducation prioritaire.

QUELLES ALTERNATIVES ?

Lorsqu’on parle de redoublement, on renvoie à des difficultés d’apprentissage et forcément à une gestion de l’hétérogénéité des élèves dans une classe difficile à gérer pour les enseignants. En relation avec les travaux et conclusions des recherches en pédagogie et en didactique, il convient de privilégier l’aide aux élèves en difficulté dans la classe avec par exemple des effectifs réduits, «Plus de maîtres que de classes » et une scolarisation dès 2 ans notamment dans les classes des établissements socialement défavorisés. Une véritable politique de cycle sur trois ans éviterait de faire refaire tous les apprentissages et permettrait une réelle progressivité.

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