«Ré-intellectualiser le métier »

Mis à jour le 05.10.20

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Interview de Sébastien Pesce, professeur de sciences de l’éducation - université d’Orléans

pesce

Sébastien Sébastien Pesce est professeur de sciences de l’éducation à l’université d’Orléans

Pourquoi la coopération est-elle utile en classe ?

Si on considère la coopération comme un simple outil, elle devient un moyen pour parvenir à ses fins. On dira par exemple que la coopération est « efficace », pour motiver les élèves, apaiser le climat de classe, créer une dynamique de groupe. Si on voit la coopération comme une philosophie, un principe organisateur de la vie et de l’activité de la classe, on bascule dans la « classe coopérative ».
La première conception « apolitique » correspond à une vision réductrice de l’éducation et de l’enseignement. La seconde, est politique à deux niveaux : elle vise une transformation du projet général de l’École et à donner du pouvoir aux élèves… pouvoir de parler en tant que sujets, de débattre, de décider, de questionner les règles, les organisations et surtout de penser. Dans cette forme de coopération on fait ensemble, on apprend ensemble.

Comment se former ?

En pratiquant, en expérimentant, en se trompant. Mais il faut discuter avec les collègues, avoir un retour pour se rendre compte qu’on est sur la bonne ou la mauvaise voie. Il est assez simple de reproduire mécaniquement des « pratiques », mais plus compliqué de construire une posture de coopérateur. Le co-enseignement peut être une manière d’entrer dans cette dynamique.
Dans l’idéal, les conseils de maîtres, qui permettent de se poser toutes ces questions, de réfléchir, d’échanger des pratiques. On peut aller voir les experts du terrain, les groupes Freinet, de pédagogie institutionnelle ou l’OCCE. Bref, « ne pas rester seul ». Et puis il faut lire, lire beaucoup… bien sûr les travaux contemporains, mais aussi, ce qui constitue notre patrimoine pédagogique. C’est un moyen de se construire une philosophie, de ré-intellectualiser le métier.

Quelles sont les difficultés à dépasser ?

Les programmes trop lourds, les parents qui ne comprendraient pas, les enfants qui ne sont pas les bons, la hiérarchie, le matériel, l’argent… sont des explications avancées pour ne pas se lancer. Je pense que ces difficultés réelles, objectives, matérielles, budgétaires, n’existent pas.
Je privilégie l’accompagnement collectif au long cours sur les terrains. Le travail consiste à accompagner les enseignants dans la déconstruction et la reconstruction de postures, de conceptions… de l’enfant, de l’éducation, du rôle de l’école, de leur mission.
Il faut aider les collègues à dépasser le fait qu’ils sont, comme nous tous, engoncés dans un vocabulaire qui transporte un tas d’idéologies empêchant de faire bouger les lignes. Si on se laisse berner par le discours de la « bienveillance », de la « confiance », du « respect », on laisse entrer dans l’école le paternalisme scolaire que ce vocabulaire réactive. On s’en sort si on développe une vraie posture critique, si on interroge ces mots, si on déconstruit cette idéologie.

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