« Qu’est-ce qu’on va faire de toi ? »

Mis à jour le 17.03.26

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Un film à hauteur d'enfants à voir sur arte.tv / Interview de Karelle Fitoussi, réalisatrice du film

Le documentaire de Karelle Fitoussi et Salma Cheddadi tourné dans une école du 11e arrondissement de Paris classée en REP, donne à voir et entendre la parole, tantôt drôle tantôt grave de jeunes enfants de grande section. Leurs discussions libres, leurs questionnements, leurs altercations comme leurs connivences sont les prémices d’un éveil social et politique.

Sur la guerre en Ukraine, Embrun trouve qu’il y a un paradoxe à « détruire un pays qu’on veut annexer, ça ne rime pas à grand-chose ». Sur les élections, Edgar explique à ses camarades le principe de la pression électorale : « On n’a pas le droit de dire : “Toi, si tu ne votes pas pour Margaux, ça va mal aller !” ».

Des scènes du quotidien montrent la construction des rapports de genre et le refus des petites filles de se voir imposer un point de vue comme Faustine qui s’exclame : « Laissez-là, vous voulez toujours avoir raison ! ». Ou encore de se soumettre. Lorsqu’elles sont poursuivies dans la cour et refusent les bisous des garçons, les filles ne masquent pas leur colère.

Tout l’art du film est de capter sans jugement l’éveil politique de ces jeunes penseurs et penseuses qui revendiquent à la fois la fin des punitions, le respect de la parole des filles, le change-ment de la photo du président, le refus des bandes d’élèves ou davantage de poisson pané à la cantine ! Un film dont la FSU-SNUipp est partenaire, replaçant l’école publique comme lieu d’émancipation et d’utopie à hauteur d’enfants.

Interview de Karelle Fitoussi, réalisatrice du film

Karelle Fitoussi

QUELLES SONT LES INTENTIONS DU FILM ?

La mixité sociale, économique et culturelle de cette école nous a particulièrement séduites. C’est une richesse incroyable qu’il nous importait de montrer car il n’y a qu’à l’école publique que l’on trouve cela. Nous voulions recueillir la parole d’enfants de 5 ans, d’avoir leur regard sur l’état du monde, savoir ce qu’ils en percevaient. Et aussi capter leur énergie, leur insolence éventuellement. Par ailleurs, les apprentissages des élèves ne nous intéressaient pas.

Pour éviter une hiérarchisation entre les adultes et les enfants, nous avons fait le choix de filmer à hauteur d’enfant, sans filmer d’adulte même si on les sent hors-champ ou qu’on entend leurs paroles. Nous avons été surprises de voir que des problématiques adultes étaient discutées comme les rapports de genre ou les inégalités de classe. Nous avons découvert qu’ils avaient aussi des avis et réflexions sur la situation économique, politique et internationale.

COMMENT CES SUJETS ONT-ILS ÉTÉ ABORDÉS ?

Dans le film, des situations sont spontanées tandis que d’autres sont induites. Nous avons tourné à deux, avec Salma à la caméra, sans ingénieur du son. Très vite, nous sommes devenues un élément du décor. Nous avons utilisé trois dispositifs. Le face caméra où les enfants ont été pris par deux pour les entendre sur leurs préoccupations ou intérêts comme la séquence « amour ». L’immersion petite souris où l’on filmait ce qui se passait en classe, comme dans la séquence « mythologie ». Et l’activité dirigée où quelques enfants étaient sortis de la classe pendant la sieste des petits. Dans la séquence « dessiner sa famille », nous avions choisi des enfants avec des situations familiales différentes afi n de faire naître le débat.

Le réel nous a aussi conduit là où nous ne serions pas allées spontanément comme la scène de l’annonce du départ de leur camarade Moussa qui vit à l’hôtel et change d’école. Une séquence intense qui leur fait prendre conscience que tous n’ont pas le même vécu.

SUR QUEL TEMPS A ÉTÉ RÉALISÉ CE FILM ?

Nous avons été en immersion de novembre à juillet, presque toute une année scolaire. On voit défiler les saisons jusqu’à ce qu’ils quittent ce petit Eldorado. Nous avions le droit de filmer une heure le mardi après-midi, ce qui était assez stressant car on espérait une « perle » à chaque fois. Filmer sur le long court a permis de suivre les réactions et discussions des enfants en lien avec l’actualité mais aussi de nous rendre compte que tout n’est pas merveilleux.

La scène où deux garçons contestent le métier du père d’une petite fille, disent savoir mieux qu’elle, ce qui la heurte profondément dans ses certitudes ou celle où un petit garçon poursuit une petite fille pour lui faire un bisou dans la cour de récrée alors qu’elle lui dit non font déjà poindre des problématiques futures.

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