Gestes professionnels égalitaires
Mis à jour le 29.08.25
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Interview de MURIÈLE COUILLEAU ET VÉRONIQUE STÉPHAN, co-autrices de « Favoriser l’égalité à l’école »
QUELLE PART DES PRATIQUES PÉDAGOGIQUES DANS LA REPRODUCTION DES INÉGALITÉS ?
La reproduction des inégalités repose sur des choix institutionnels tels que les programmes, les formations ou les effectifs mais forcément nos pratiques enseignantes jouent aussi un rôle. Malgré les valeurs et les engagements, nous véhiculons des stéréotypes agissants. Ainsi, les regroupements choisis par les élèves favorisent un entre-soi de genre et de classe sociale ; l’usage du cours dialogué donne la parole à celles et ceux qui savent déjà ; les peurs réciproques entre enseignants et familles de milieux populaires participent de leur éloignement… Si nous n’agissons pas sur ces dominations, on laisse les discriminations s’installer.
COMMENT CONSTRUIRE DES GESTES PROFESSIONNELS ÉGALITAIRES ?
Ne pas invisibiliser ces discriminations implique d’y réfl échir en opérant un pas de côté. Prendre conscience des biais de confirmation dans nos pratiques ordinaires contribue à déconstruire une idéologie de la neutralité. Interroger la méritocratie au regard du postulat de l’éducabilité de toutes et tous, questionner le rôle de la compétition sur la relation d’apprentissage ou encore le rôle de « pacificatrice » que l’on confie aux filles… On peut ainsi analyser nos situations de classe pour en déterminer les avantages et les inconvénients, en s’appuyant sur des cadres théoriques de référence sociologique, psychologique, pédagogique… Plutôt que de parler des enfants en difficulté, il s’agit aussi de parler de la difficulté des savoirs et de s’interroger, alors, sur ce qui fait obstacle aux apprentissages. Cela enlève cette responsabilité aux enfants et nous place du côté professionnel enseignant.
UN EXEMPLE ?
L’ardoise. Un objet facile d’utilisation, peu chronophage et qui nécessite peu de correction dans une activité de contrôle. Mais elle médiatise la performance de ceux qui savent, renforçant chez les autres une peur de se tromper et des stratégies d’évitement (copie, écriture illisible, non réponse…). La menace du stéréotype de l’échec renforce les sentiments d’incompétence chez ces élèves. Au final, cette mise en comparaison hiérarchise, sans progrès pour ceux qui ont besoin de temps d’apprentissage. Interroger cette situation permet d’ajuster : proposer un travail en duo sur l’ardoise, travailler au tableau sur plusieurs calculs, sur cahier avec autocorrection… Et comme ces régulations de gestes professionnels ne sont pas une évidence, la prise en charge collective, en équipe, est un appui sérieux.